Après un week-end presque estival,
l'automne est bien là avec la pluie, le vent, les feuilles mortes et
la boue sur les routes car c'est, en Belgique, la saison des
betteraves. On les récolte, on les transporte, on les écrase pour
en extraire le jus qui nous fournira en sucre – cette drogue
comptant des millions d'addicts – et on évacue les pulpes qui
nourriront les bêtes ou s'en iront pourrir quelque part.
Le temps pour moi de me souvenir des
jours meilleurs que j'ai connus, question climat et paysages, pendant
mes vacances d'été dans le Vaucluse. Je vous ai parlé du Ventoux,
ce géant de Provence dont le défi de l'ascension avait titillé mon
âme de cycliste. Je vous ai raconté les deux heures passées à
pédaler, les gens que j'ai rencontrés sur ses flancs et à son
sommet, ainsi que le plaisir que j'ai pu tirer de cette petite
victoire sur moi-même.
Même si ce fut là pour moi un des
événements marquants de ma quinzaine passée dans la région, je
dois bien admettre qu'il ne m'a pas apporté autant de plaisir
touristique qu'il ne m'a fait produire d'adrénaline sportive. Bien
sûr, c'était géant, spectaculaire, inoubliable ; mais d'un
autre côté c'était aussi un peu frustrant, parce que l'intensité
de l'effort a mis rapidement sous l'éteignoir toute envie de
m'arrêter pour prendre des photos et jouir du paysage. C'est comme
ça, bien souvent, quand un cycliste entame une longue grimpée :
il veut aller au bout et, fierté oblige, de préférence sans
s'arrêter pour se reposer, satisfaire un besoin pressant ou récolter
quelque image. Les photos, on ne les prend qu'au sommet. Et en
descendant, ça va très vite, on se laisser griser... et on ne
s'arrête qu'une fois en bas.
Mais si, comme moi, vous décidez
d'enfourcher votre bicyclette pour sillonner un peu la région, ne
manquez pas de faire un détour par les les gorges de la Nesque. C'est un
profond et étroit canyon creusé par une rivière au lit asséché,
que l'on peut découvrir au gré d'une très jolie route en surplomb
que l'on emprunte à partir de Villes-sur-Auzon et que l'on parcourt
jusque Monieux, voire Sault, en revenant soit par la D1 et le Col des
Abeilles, soit en prenant la direction de Méthamis, sur l'autre
versant.
De nombreux cyclistes – bien affûtés
– couplent cette excursion avec l'ascension du Ventoux, mais compte
tenu de ma maigre expérience de ce genre d'exercice, j'ai préféré
m'abstenir d'additionner les difficultés.
Je suis parti de Pernes-les-Fontaines
et, prenant la direction de Mazan puis de Mormoiron, je suis arrivé
à Villes-sur-Auzon sans trop de fatigue, mais non sans
appréhension : comment la suite allait-elle se passer ?
Jusqu'où oserais-je m'aventurer ?
À la vérité, j'ignorais presque tout
de mes capacités : je n'avais pas encore tenté l'ascension du
Ventoux, mais j'imaginais que la grimpée vers les hauteurs de la
route des gorges pouvait être à ma portée et que, si elle ne
l'était pas, je pouvais encore – toute honte bue – opérer un
demi-tour prudent voire salvateur. Après tout, le défi de mes
vacances, c'était l'ascension du géant de Provence et pas le tour
des gorges de la Nesque. Je pouvais décider à tout moment d'arrêter
les frais pour me préserver en vue de la suite des hostilités.
C'était sans compter avec l'ivresse de
la découverte ! Une fois lancé dans la montée, qui n'est pas
bien difficile puisque les passages les plus ardus ne dépassent
guère les six pour cent de déclivité, je n'ai à aucun moment
songé à m'en retourner en sens inverse ; tout au plus me
suis-je arrêté à l'une ou l'autre reprise afin de prendre quelques
photos.
La route est très jolie, en bon état,
modérément fréquentée et bordée de précipices qui ne deviennent
vertigineux que si l'on s'approche vraiment des murets de pierre qui
bordent l'asphalte, par endroits, ou si l'on profite des points de
vue impressionnants qui s'offrent au gré des virages et des ressauts
rocheux.
Je me suis pris au jeu pendant toute la
montée : au jeu du pédalage, au jeu de la nature paisible au
soleil de l'après-midi, au jeu des pauses photographiques... et ce
n'est qu'en amorçant la descente en direction de Sault que je me
suis soudain rappelé que les heures s'écoulaient et que je
commençais à avoir quelques dizaines de kilomètres dans les
guibolles.
À Monieux, j'ai décidé que je
m'étais suffisamment éloigné de mon point de départ, et j'ai donc
bifurqué en direction de Méthamis. Nouvelle grimpée, de l'autre
côté des gorges, sur une route beaucoup moins spectaculaire et, il
faut bien l'avouer, en nettement moins bon état. En montant par la
D5 jusqu'au belvédère, on ne s'en rend pas tellement compte, mais
lorsqu'on entame la descente vers Méthamis, on constate que
l'asphalte y est plutôt d'un genre dégradé « à la belge »
qui fait rapidement d'une selle de vélo de route un pénible
tape-cul !
La finale, avant Méthamis, est cependant très jolie
et procure une bonne consolation, sans quoi je m'en serais voulu
d'avoir choisi cet itinéraire pour le retour.
La route vers Malemort-du-Comtat,
récemment refaite, était par contre un vrai billard qui a permis à
mon postérieur endolori de se refaire une petite santé avant la
rentrée au bercail.
Si vous vous rendez dans la région
avec votre bicyclette, ne manquez donc pas les gorges de la Nesque
et, si vous êtes en forme pour le retour depuis Monieux, n'hésitez
pas à bifurquer vers Murs par la D15 plutôt que de vous diriger
vers Méthamis. Vous prendrez ensuite à droite par le très
sympathique Col de Murs et la route qui serpente à travers la forêt
jusqu'à Venasque, village pittoresque qui vaut la peine d'être
visité.
C'est bien, ces photos ! Et comme tu dis, bien souvent, surtout dans les pentes, on ne s'arrête pas et c'est dommage.
RépondreSupprimerOui, quand je randonnais sur les GR et autres sentiers, je trimbalais mon reflex et je n'hésitais jamais à mitrailler. À vélo, c'est juste un compact ; comme quoi un kilo semble moins ennuyeux à emmener à pied qu'à vélo. Et à vélo, on hésite à s'arrêter, à couper un effort... C'est un truc que je dois apprendre à gérer.
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