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lundi 29 février 2016

Le bouquin alimentaire

Dans la vie, on ne fait pas toujours le job qu'on aurait aimé faire ; qu'il soit celui dont on rêvait quand on était encore tout petit ou celui auquel on a pensé, plus tard, au moment de choisir les études qui devaient nous gratifier de l'indispensable diplôme.

Il arrive qu'on mène à bien lesdites études et qu'on ne parvienne pas à décrocher un boulot en rapport, soit par manque de bol, soit par manque de motivation, soit par opportunisme pour autre chose... mais le plus souvent parce que certains débouchés ne le sont plus et qu'il y a dès lors davantage de candidats que de postes à pourvoir.

Quand on aime l'écriture et qu'un jour ou l'autre on s'est dit qu'on réussirait peut-être à en vivre, on ne l'a pas toujours fait en ignorant qu'on était occupé à s'enfoncer bien profondément le doigt dans l'œil. C'est bien connu, sauf des doux rêveurs – et, à voir la fréquentation de certaines pages de ce blog, je me dis qu'ils sont encore nombreux même si minoritaires : les romanciers qui vivent de leur prose sont rares.

Évidemment, quand ça réussit pour Untel qui n'écrit pas spécialement bien et dont les récits n'ont rien de bien original, on est prêt à se dire qu'avec de l'entêtement et beaucoup de bol, on pourrait nous aussi décrocher la timbale. Pourquoi pas ? Il est toujours permis de rêver !

D'un autre côté, avec un peu de réalisme, on peut aussi se donner à penser que, dans l'éventualité où le scribouillard aspirant à la gloire et à la fortune réussit un coup fumant – le genre « best seller » dès le premier ouvrage publié – qui le propulse au-devant de l'étalage des libraires, la suite risque bien d'être moins drôle.

Comme je l'écrivais au début, certaines personnes ont la chance de pouvoir exercer le métier qu'elles aiment, celui dont elles rêvaient, celui qui ne les lasse pas. Et j'appelle ça une chance, parce que quand il faut bosser pour gagner sa croûte, ce n'est pas toujours une partie de plaisir. Même celui qui a choisi un métier qui lui plaît, parfois, ça lui arrive d'en avoir plein le dos, d'avoir envie de tout laisser tomber ou de se tailler quelques mois aux Seychelles – à condition bien sûr d'en avoir les moyens !

Cette réflexion me venait à l'esprit récemment, parce qu'on m'avait mis dans les pognes un roman d'un auteur à succès – le genre dont on écrit le nom en très très grosses lettres sur la jaquette, le titre étant plus ou moins accessoire – et que je m'étais décidé non seulement à le lire, mais à le lire jusqu'au bout. Courageusement, par moments.

En toute honnêteté, j'avais lu le premier bouquin – tout au moins, le premier « best-seller », dont on a même par la suite tiré un film – écrit par cet auteur ; et je l'avais trouvé plaisant, avec un scénario sortant en partie de l'ordinaire. En partie, seulement, mais c'était déjà ça.

En vertu du sage principe conseillant de ne jamais tenter de rééditer une expérience réussie, je m'abstiens généralement de plonger sur le second roman d'un auteur ayant connu un succès fulgurant avec le premier. Autrefois, je n'y prenais garde et j'ai presque toujours été déçu. Autant du deuxième que du troisième, d'ailleurs. C'est comme ça, je n'y puis rien, mais c'est un peu comme au cinéma : les resucées artistiques sont rarement d'incontestables réussites, même si les chiffres de ventes restent flatteurs.

Ce roman que j'ai lu, il y a quelques semaines, m'avait été offert et j'avais tergiversé avant d'y toucher ; et puis, un jour, j'ai abandonné mes préjugés. Je me suis dit : « lisons ça sans arrière-pensée ». Las ! Scénario décevant ponctué d'invraisemblances grotesques, suspense mou du genou, personnages caricaturaux et écriture bas de gamme étaient au programme. Je sais : c'est une traduction et l'original est peut-être mieux torché dans la forme ; mais pour le reste... Bof, bof, bof !

L'auteur avait-il besoin d'écrire ce roman ? Probablement pas. Il est riche et célèbre.
L'auteur avait-il envie d'écrire ce roman ? Probablement pas. Le manque d'enthousiasme est flagrant.

Sûrement qu'il était harcelé par son éditeur, ou un truc du genre. Il n'avait pas trop envie, il n'avait pas trop d'idées... mais il fallait le faire.
Un peu comme moi, quand je pars bosser le matin et que l'enthousiasme n'y est pas. Dans mon cas, c'est alimentaire. Dans son cas à lui, ça ne l'est sans doute pas, mais ça revient un peu au même : il le fait parce qu'il le faut bien. Et puis, il y a d'autres auteurs que lui, moins riches et moins célèbres, mais qui ont un contrat et qui sont bien obligés de créer, même quand leur muse les cocufie.

Par contraste, le scribouillard qui s'amuse avec son blog ou avec ses bouquins qu'il refile à ses potes, quitte à se fâcher avec eux pour de bon ; ce scribouillard-là, qui a un job « alimentaire » par ailleurs, il fait ce qu'il veut : il écrit, il n'écrit pas. Qu'importe ! Il fait ce qu'il a envie de faire.

Il ne sera ni riche ni célèbre, mais ça le dispensera de faire un jour de son hobby une corvée rien que parce qu'il en a besoin pour boucler ses fins de mois ou parce qu'un mec le pousse dans le dos en lui rappelant les engagements qu'il a pris.

Comme quoi, parfois, on se console comme on peut.

mercredi 20 janvier 2016

Liseuse, e-book et tiroir-caisse

Sans être du genre à me précipiter sur toutes les nouveautés plus ou moins hi-tech proposées par notre société de consommation, j'avoue quand même m'y intéresser assez souvent. Tout d'abord parce que je reste curieux de nature ; ensuite parce que je n'ai guère l'envie de paraître plus idiot qu'à l'accoutumée lorsque le hasard d'une conversation m'entraîne sur ce terrain plutôt que sur un autre.

Dans une telle situation, plutôt que d'afficher mon ignorance, je préfère suivre tranquillement les débats, hocher la tête de temps à autre « comme si je savais » et, en glissant quelques petites questions innocentes à l'adresse de ceux qui savent et qui aiment faire savoir, tenter d'en apprendre autant que possible sur le sujet.

J'avoue avoir déjà été tenté par l'acquisition d'une liseuse électronique, bien que le livre papier soit pour moi un objet aux irremplaçables saveurs tactiles et olfactives. Dans certaines circonstances, la compacité d'un objet capable de stocker plusieurs milliers de pages de texte et de vous les offrir en lecture à la cadence adéquate représente un atout appréciable : en voyage, par exemple, ou quand on aime lire au lit.

J'ai donc commencé à m'informer sur les différents modèles disponibles, leurs performances, leurs fonctionnalités, leur agrément d'usage, leur prix, leur autonomie... Des essais sont disponibles partout sur la Toile, de même que des commentaires d'utilisateurs passionnés de lecture souvent bien plus utiles que ceux d'essayeurs professionnels. C'est intéressant, on peut se faire une idée assez précise des qualités et défauts des modèles proposés.

Dans le fouillis des commentaires, j'ai aussi trouvé certaines récriminations quant au prix des livres en format électronique et aux divers « verrouillages » qui empêchent d'en disposer à sa guise.

J'ai déjà abordé le problème, dans cet autre article consacré essentiellement aux productions musicales et au sort qu'on leur fait subir aussi bien en toute innocence qu'en parfaite connaissance de cause.

Une certaine croyance semble fortement ancrée dans les têtes, à notre époque, qui voudrait que quand une chose est dématérialisée, elle doive être forcément gratuite. Nous sommes profondément matérialistes : un objet a de la valeur ; tandis qu'une idée, ça n'en a pas.

Des gens, donc, s'étonnent ou s'offusquent qu'un livre en format électronique puisse se vendre au même prix que son équivalent sur support papier ; et s'étonnent ou s'offusquent de ne pas pouvoir, une fois « acheté », en faire ce qu'ils veulent de la même façon qu'ils font ce qu'ils veulent d'un livre traditionnel.

Rappelons donc quelques principes de base...

Un livre, quel qu'il soit, c'est en premier lieu le travail de son auteur (ce qu'on appelle « la propriété intellectuelle »). À ce travail, il faut ajouter celui de l'éditeur, qui va réaliser la mise en page, les corrections, la maquette de couverture... Le livre, qu'il soit édité sur papier ou en format électronique, sera distribué dans les librairies ou les plateformes de vente, fera l'objet de promotions, etc. Chacun des intervenants recevra une part du prix de vente acquitté par l'acheteur.

Contrairement à ce que semblent croire ceux qui voudraient que le livre en format électronique coûte beaucoup moins cher que le livre traditionnel, ce n'est pas l'objet en lui-même (de l'encre et du papier) qui justifie la plus grosse part du coût de production. En grand tirage, ce coût est même presque ridicule. La part du lion, dans le coût d'un bouquin, c'est la marge du libraire, celle du distributeur, celle de l'éditeur et le droit d'auteur. Il convient d'y ajouter des frais de transport et de stockage, seuls frais qui sont presque inexistants dans le cas d'un e-book.

La différence de coût de production entre un e-book et un livre papier est donc beaucoup plus ténue qu'on ne l'imagine naïvement. Et comme d'autre part les éditeurs n'ont aucune envie de tuer leur business, basé en premier lieu sur l'édition papier, il semble normal que les deux formats d'un même ouvrage soient proposés à un prix à peu près équivalent.

Après le prix du livre, examinons l'autre sujet de grogne : la propriété de l'exemplaire acheté.

Certains objectent que, lorsqu'ils achètent un livre papier, ils en font ce qu'ils veulent : le garder, le prêter, le revendre, le donner, le détruire... Ils aimeraient pouvoir en faire autant de leur e-book, mais c'est, selon eux, impossible. Ils ont l'impression d'avoir acheté du vent, d'avoir juste acheté le droit de lire et rien d'autre.

Il convient d'apporter quelques précisions...

En achetant un livre traditionnel, on achète juste de l'encre et du papier. On n'est propriétaire de rien d'autre. Le contenu appartient toujours à l'auteur ou à ses ayants droit. Et en prêtant le livre à autrui, on lui prête juste le support.

En achetant un e-book, on n'achète pas non plus le contenu du livre. On achète le droit de l'afficher sur une liseuse, un écran d'ordinateur...

Dans les deux cas, on achète un exemplaire. Et de même qu'on ne recopie pas son livre papier pour le donner à quelqu'un d'autre, on ne doit pas recopier son e-book pour le donner à quelqu'un d'autre. Dans un cas comme dans l'autre, ce serait de la copie illicite ; et que cette copie soit a priori beaucoup plus facile à réaliser avec un fichier numérique qu'avec un bouquin de mille pages reliées sous une couverture polychrome, son caractère illicite (diffuser des copies non autorisées) est irréfutable.

Trop souvent, la facilité se confond avec la gratuité : copie d’œuvres musicales, de films, de textes... Nombreux sont ceux qui n'ont pas conscience, lorsqu'ils diffusent une copie « maison » (voire plusieurs) d'un ouvrage qu'ils ont honnêtement acquis, de poser un acte à la fois illégal et immoral. Cela semble tellement innocent de télécharger, copier, échanger... Et pourtant, très souvent, c'est du vol.

Et la plus grosse victime de ce vol, c'est généralement l'auteur, qui n'est rétribué qu'en fonction des exemplaires réellement vendus.

mardi 1 avril 2014

Gallimard rachète Les Nouveaux Auteurs !

La nouvelle est tombée officiellement ce matin, après quelques semaines de demi-mots, de démentis et de non-dits : Gallimard rachète Les Nouveaux Auteurs, tractation dont le montant n'a pas (encore) été révélé.

Plusieurs coups de téléphone le mois dernier n'avaient rien donné, aucune des deux parties ne souhaitant vendre la mèche avant la conclusion en bonne et due forme de l'affaire, mais l'information m'a été confirmée aujourd'hui même, par Sophie Nolistic, attachée de presse auprès du grand éditeur.

« Nous ne pouvions pas manquer une telle occasion, m'a-t-elle confié. Le concept avait attiré notre attention en même temps que celle de nombreux auteurs, et nous trouvions l'idée séduisante ; mais il convenait de rester prudents avant d'annoncer ce rachat. Nous avons notre notoriété et ne pouvions la mettre en péril rien qu'en reprenant à notre compte un concept original mais souffrant de nombreux défauts, en tête desquels le scepticisme des responsables des circuits de vente et des libraires souvent réfractaires aux nouvelles idées aventureuses et à ce qui leur apparaît comme de l'amateurisme. »

Comme je m'inquiétais de cette étiquette d'amateurisme et de l'intérêt que pouvait bien avoir un éditeur comme Gallimard à adopter les méthodes propres à Les Nouveaux Auteurs, madame Nolistic s'est empressée de préciser les raisons de la démarche :

« Le monde de l'édition est sans pitié. Même une grande maison comme la nôtre ne peut se permettre de se reposer sur ses lauriers et de rester sourde aux appels de plus en plus pressants d'un business qui passe désormais autant si pas davantage par le truchement de l'Internet que par les canaux traditionnels de la vente.
Notre nom seul ne suffit pas à garantir des ventes confortables. Il nous arrive de nous fourvoyer en éditant un ouvrage, en croyant au succès d'un auteur. Les chiffres ne sont pas toujours brillants ! Bien entendu, dans l'ensemble, il n'y a pas péril en la demeure et nos grands succès compensent largement nos pertes ; mais nous ne pouvions pas rester insensibles à l'évolution du marché. »

« Le rachat d'un concurrent à la renommée quelque peu sulfureuse, s'il faut en croire les nombreux témoignages circulant sur Internet, peut-il quand même vous apporter quelque chose ? » ai-je demandé.

« Absolument. Mais le concept doit être canalisé dans la bonne direction. Soyons clairs : nous aimons le fait que des amateurs se prononcent quant aux choix de romans que nous pourrions éditer, parce que ce sont les amateurs qui les achètent, pas les critiques ni les lecteurs professionnels chargés du tri des manuscrits que l'on nous envoie. C'est aussi simple que cela. Voyez les émissions de téléréalité, voyez tous ces gens qui votent, qui disent oui à l'un et non à l'autre : vox populi, vox dei, dit-on.
Nous ne voulons cependant pas reprendre tel qu'il est le mode de fonctionnement de Les Nouveaux Auteurs, d'une part parce qu'en le faisant de cette façon, nous aurions mauvaise presse ; et d'autre part parce que notre objectif n'est pas non plus d'éditer n'importe quoi uniquement pour plaire aux gens en oubliant de conserver une dose maximale de professionnalisme.
Nous allons donc remanier le concept, mieux l'encadrer par nos spécialistes maison, afin qu'au bout du processus menant à l'édition nous obtenions un produit à la fois de qualité professionnelle et apte à séduire le lectorat.
Nous planchons actuellement sur le label sous lequel seront édités les ouvrages qui emprunteront ce canal de sélection très particulier. Rien ne presse. Nous souhaitons mettre de notre côté un maximum de chances de réussite. »

Ouais. Je me suis dit aussi que faire faire gratuitement par des amateurs un boulot pour lequel d'ordinaire on rétribue des professionnels, ça doit être bien tentant ; même si au bout du compte ce seront ces mêmes professionnels qui auront le dernier mot. Les économies d'échelle seront bien là ; et au bout du parcours, une belle récupération d'une affaire qui était en train de suivre son petit bonhomme de chemin et qui aurait peut-être fini par faire de l'ombre aux maîtres du marché.

Interrogée sur ce dernier point comme sur le coût du rachat de Les Nouveaux Auteurs, Sophie Nolistic s'est cantonnée dans un mutisme presque coupable.

Wait and see, comme disent les Anglo-Saxons !

samedi 4 janvier 2014

Le livre qui se vend mal

Être le malheureux auteur d'un livre qui ne se vend pas bien, vous en avez peut-être déjà fait vous-même l'expérience si un éditeur vous a accordé la faveur de le publier. J'écris « la faveur » parce que, généralement, un éditeur considérera presque toujours qu'il vous en fait une en vous éditant, lui qui n'a que l'embarras du choix parmi les manuscrits qui se bousculent dans sa boîte à lettres et encombrent ses bureaux.

Évidemment, si vous êtes l'auteur connu et reconnu de plusieurs « best-sellers » et que la seule impression de votre nom de plume sur une première de couverture suffit à assurer des ventes confortables, c'est plutôt vous qui finirez par considérer que vous faites une fleur à votre éditeur en lui confiant un nouveau manuscrit ; mais si vous êtes dans cette situation, les lignes qui vont suivre ne vous intéresseront pas.

Laissons donc de côté les « happy few » qui connaissent le succès, pour nous attarder sur le sort des autres, des auteurs pas vraiment anonymes mais qui espèrent encore se faire un nom, penchons-nous sur les problèmes de ceux qui ont déjà signé un contrat mais attendent encore gloire et fortune. Parmi ceux-là, nombreux sont ceux qui se sont déjà entendu reprocher par leur éditeur les mauvaises ventes de leur roman.

Si vous êtes dans cette situation, vous avez peut-être entendu, en allant aux nouvelles, le boss vous répondre que « votre livre ne se vend pas bien ». Peut-être aussi vous a-t-il déjà dit : « Votre premier roman ne s'est pas bien vendu », ce qui signifie que vous n'avez pas à espérer la moindre révision à la hausse de votre contrat, si contrat il y a, pour le deuxième que vous lui présentez.

Les éditeurs qui adressent à leurs auteurs des reproches de ce type ne manquent pas de culot ! Parce que quand un livre édité ne se vend pas, ce n'est certainement pas de la faute de l'auteur. Eh, non !

Et tout d'abord, qu'est-ce qu'un livre qui se vend mal ? Qu'est-ce que trop peu ? Gageons qu'auteur et éditeur ne mettent pas à la même hauteur la barre de leurs ambitions ! Quand l'un sera content de voir s'écouler deux mille exemplaires de son premier livre, l'autre considèrera ce chiffre comme un « flop » qui lui permet à peine de rentrer dans ses frais. C'est du moins ce qu'il dira.

En disant cela, l'éditeur est malhonnête. Il fait mal son boulot et en rejette la faute sur autrui. Autrui étant l'auteur. Mais celui-ci, à moins d'avoir personnellement orchestré une contre-publicité pour son œuvre, n'est en rien responsable du fiasco ou de ce que l'éditeur tente de faire passer pour un fiasco.

En signant un contrat avec un éditeur, l'auteur lui cède ses droits (sauf la paternité intellectuelle de son roman) en échange d'une rémunération calculée en pourcentage sur le prix des exemplaires vendus. Cette rémunération s'appelle « droit d'auteur ». À charge de l'éditeur de faire imprimer, distribuer et vendre le livre. Si les ventes ne sont pas bonnes, qui est fautif ? L'auteur ? Non. L'éditeur, même s'il essaiera de faire croire le contraire à l'auteur trop naïf.

Imaginons une conversation :

— Franchement, Dugenou, votre roman, ça ne se vend pas !
— Désolé, monsieur Boutique, mais ce n'est pas de ma faute. Il est mal distribué, voilà tout. Et je n'ai pas vu de publicité.
— Publicité ! Publicité ! C'est un premier roman, j'ai déjà pris des risques en assumant tous les frais d'édition et de diffusion. Vous pourriez y mettre un peu du vôtre, non ?
— Qu'est-ce que vous attendez de moi, monsieur Boutique ? Que j'aille mettre un étal à la sortie de la messe, chaque dimanche dans une paroisse différente ? J'ai fait deux salons, à votre demande, et huit séances de signatures. J'ai sollicité moi-même des rencontres avec la presse. Et j'en ai obtenu.
— Des journaux locaux, Dugenou ! Des petites feuilles locales minables !
— Excusez-moi, m'sieur Boutique, mais je n'ai pas vos entrées. Je pensais qu'en signant dans une maison comme la vôtre...
— Ne venez pas avec ça, Dugenou ! Votre roman ne vaut pas tripette, voilà tout !
— Je ne vous ai pas mis le couteau sur la gorge. Vous n'étiez pas obligé de le publier. Si vous l'avez fait, c'est que vous estimiez qu'il pourrait trouver son public.
— Les deux critiques qui l'ont lu l'ont démoli !
— Qu'est-ce que deux critiques ? Il devrait y en avoir des dizaines, de critiques, si vous aviez bien diffusé mon roman ! Alors, deux seules critiques, vous savez...
— Eh bien ! Ça peut tuer les ventes ! Jean Flingue lui-même a qualifié votre roman de « sombre merde ». Jean Flingue ! Et je me demande s'il n'avait pas raison, d'ailleurs.
— Vous auriez dû le prévoir, vous qui êtes plus expert que moi en la matière. Dénicher des talents, c'est votre métier, pas le mien ! Moi, j'écris ce que j'ai envie d'écrire et j'espère que ça plaira ; et si ça ne plaît pas, tant pis !
— Je pensais, j'espérais que nous pourrions trouver un peu de succès ensemble, mais vous êtes borné !
— Borné ?
— Vous êtes attaché à la moindre virgule de votre charabia. J'ai même dû insister pour que vous acceptiez un autre titre. Le vôtre n'était pas vendeur.
— Le nouveau non plus, semble-t-il. Mais je vous rappelle que j'ai modifié certains passages à votre demande, ajouté des situations que vous souhaitiez car « plus vendeuses » elles aussi. Que pouvais-je faire de plus ? J'écris mon roman. Pas le vôtre. Je ne savais pas que vous cherchiez un nègre.


On pourrait enchaîner plusieurs pages encore d'échanges de reproches, mais rien d'autre n'apparaîtrait que l'évidence : c'est l'éditeur qui est responsable des ventes des livres qu'il édite. Et s'il édite une « sombre merde » comme celle évoquée ci-dessus, c'est entièrement de sa faute. Il n'est pas obligé. Il a l'embarras du choix.

Ami auteur, si ton éditeur attend que tu te charges toi-même de la publicité et de la vente de ton roman, c'est un mauvais éditeur. Car si tu dois assurer, en sus de l'écriture, la partie commerciale du boulot, autant te lancer dans l'auto-édition. Ton bouquin se vendra peut-être mal, mais tu n'auras pas cédé tes droits à un profiteur qui viendra t'adresser des reproches injustifiables.

dimanche 15 septembre 2013

Correction de manuscrit : le correcticiel (4)

Si vous avez lu l'article précédent (et même les deux qui le précèdent) vous aurez probablement compris que l'achat d'un logiciel spécialisé dans la correction de vos écrits, et autrement appelé correcticiel, ne se justifie que si vous pouvez tirer profit de ses multiples fonctionnalités.

Le bout de message que nous avions successivement passé à la moulinette du correcteur orthographique fourni avec MS Word (version récente !) et du correcticiel Antidote ne sortait pas en meilleur état dans un cas que dans l'autre.

Une des différences essentielles est que, ne trouvant plus de fautes, MS Word considère que le travail est terminé, alors qu'Antidote signale qu'il reste encore des problèmes mais qu'il ne peut pas les traiter. Une ponctuation fortement déficiente est souvent la cause d'une analyse imparfaite du texte par le correcteur, quel qu'il soit.
L'autre différence réside dans l'aspect didactique du correcticiel spécialisé, qui peut fournir pour chaque erreur détectée des explications détaillées au moyen de guides grammaticaux et de différents dictionnaires.

En dehors de cela, rien d'autre ne justifie la dépense d'une centaine d'euros qu'exigent Antidote et ses principaux concurrents (Cordial, ProLexis), si votre maîtrise du français écrit, et plus particulièrement celle des règles de base de la ponctuation, n'a pas atteint un niveau convenable.

Cette fois, nous allons aborder d'autre fonctionnalités offertes par les logiciels spécialisés dans la correction des textes, et plus particulièrement celles qui revêtent une grande utilité pour les auteurs devant travailler leurs manuscrits.

À titre d'exemple, j'ai repris un article publié sur mon blog, l'ai recollé dans mon traitement de texte et soumis à l'analyse du correcteur Antidote. Ce travail ayant déjà été effectué avant publication, le correcticiel ne signale plus d'erreurs, à l'exception de celles que j'aurais volontairement laissé passer.

Voici une copie d'écran sur lequel s'est ouverte la fenêtre d'Antidote (vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir) :
















En haut à droite, le correcticiel signale "trois détections". Elles se trouvent plus bas dans le texte :















Une remarque sur l'adjectif "budgétaire", que j'utilise volontairement comme substantif et, un peu plus bas, des traits verticaux ondulés jaunes signalent deux "analyses partielles" :














Comme nous l'avons vu dans l'article de la semaine dernière, ces "analyses partielles" peuvent être dues à une erreur de ponctuation, un mot utilisé à mauvais escient ou une tournure de phrase ambigüe voire complexe.
Si j'avais écrit "mais le sont un peu moins" au lieu des expressions tronquées "mais un peu moins", l'analyse aurait pu se faire complètement. Essayons la double modification :

















Effectivement, les traits jaunes ondulés disparaissent. Apparemment, cela permet non seulement au correcticiel d'analyser entièrement les deux phrases, mais aussi de détecter une nouvelle erreur : "fait". La langue française est grammaticalement très complexe, et j'ignore pourquoi Antidote ne soulignait pas "fait" sans la modification de "mais un peu moins" en "mais le font un peu moins". La non-détection était vraisemblablement due à l'analyse partielle.
Nous voyons là un des atouts des correcticiels spécialisés : ils attirent l'attention sur des choses qui nous paraissent correctes, en nous disant à leur manière : "Vérifiez cette phrase plus attentivement".

Nous touchons là aussi une des règles essentielles de l'utilisateur du correcticiel : toujours se méfier de ce qu'il propose. Ce n'est pas parce qu'il signale une faute que c'en est vraiment une ! Les "fausses détections" sont parfois agaçantes, mais mieux vaut cela que la non-détection d'une véritable erreur !

Dans l'exemple ci-dessus, "fait" ou "font" sont l'un et l'autre corrects, suivant que l'auteur désire attirer l'attention du lecteur sur "ensemble" (mot singulier désignant une pluralité, comme "groupe", "troupe", "équipe"...) plutôt que sur "compromis" (ici utilisé au pluriel).
J'avais choisi sciemment le singulier, lors de la rédaction du texte. Si j'accepte la correction, Antidote la soulignera en vert :
















Nous allons à présent nous intéresser à la partie gauche de la fenêtre d'Antidote, constituée d'un ensemble de menus cliquables appelés globalement prismes et regroupés par catégories. Le prisme qui s'ouvre par défaut est celui que nous avons utilisé jusqu'à présent : correction / détections. Toutes les détections sont soulignées dans le texte et rappelées dans la colonne de droite.
Regroupements permet de lister différemment les détections : soit seulement les erreurs, soit seulement les alertes. Modulateurs permet d'inclure ou d'exclure certains types d'alertes (ambiguïtés, typographie, analyses partielles...), ce qui peut être utile si, par exemple, vous utilisez une ponctuation non conventionnelle dans un texte destiné à un usage très spécialisé, ou si vous écrivez volontairement une histoire ambigüe, ou êtes très sûr de votre vocabulaire...

Juste en dessous des prismes de correction, nous trouvons ceux regroupés sous le titre "révision". Disons-le tout de suite : ce sont les plus utiles. Et certainement pour un auteur de romans.

Pragmatique permet la mise en évidence des locuteurs, puis des termes évoquant des lieux, des quantités (qui, quand, où, combien)... Juste en dessous vient le prisme style, qui donne accès à tout un menu destiné à passer notre prose à la moulinette et à nous faire comprendre qu'il y a toujours moyen de s'améliorer.
Disons-le tout de suite aussi : ça fait mal. On croit avoir tout écrit convenablement, sans fautes, sans ambigüités... et on se prend en pleine face toutes nos petites faiblesses. Et, par exemple, les répétitions :


Traquer les répétitions dans un manuscrit est une nécessité. Pas parce qu'il est interdit d'en commettre, mais tout simplement parce qu'il est indispensable de les maîtriser. Nous devons maîtriser notre style. L'usage d'un mot plutôt qu'un autre ne doit pas être le fait du hasard. C'est d'autant plus vrai si celui que nous choisissons d'employer est moins fort ou plus banal que celui que nous aurions pu lui substituer.


Avant de publier l'article que j'examine ici avec les prismes de révision d'Antidote, je l'ai relu et corrigé à l'aide de ce correcticiel, mais je me suis abstenu d'aller au-delà de ces simples rectifications. Les articles de mon blog ne sont pas un roman, ce ne sont souvent que de petites bafouilles divertissantes (pour moi et, je l'espère, pour mes lecteurs) ou de brefs coups de gueule sur des sujets d'actualité ou sur le monde passionnant de l'édition.

Si j'avais lancé le prisme répétitions, j'aurais obtenu le résultat dont vous pouvez découvrir un aperçu dans l'image ci-dessus. Honnêtement, ce n'est pas brillant.

Dans la colonne de gauche, vous pouvez moduler la force du filtre grâce à l'empan (choix de la distance minimale admissible entre deux occurrences du même mot ou de mots issus de la même famille - aussi un choix cliquable).

En plaçant le pointeur sur un des mots surlignés, vous pouvez appeler les dictionnaires, pour y chercher, par exemple, un synonyme :




















Comme le mot inspiration peut recouvrir diverses acceptions, il faut descendre dans la fenêtre (on peut aussi la maximiser, changer la taille de police de caractère - en bas à gauche) pour trouver la partie adéquate de l'ensemble des synonymes :




















D'autres choix existent sous la rubrique style, mais leur utilité est moins immédiate. Le nombre indiqué en regard de chacun de ces choix n'est toutefois pas à négliger, s'il est très élevé. Un texte contenant, par exemple, une grande quantité de phrases au verbe absent peut mettre en évidence une marotte stylistique qu'il est bon de surveiller.

Après style, nous trouvons l'onglet sémantique. Dans l'exemple ci-après, j'ai demandé la mise en surbrillance des termes à contenu sémantique faible ou négatif. D'autres choix sont possibles et la sensibilité est modulable. (La seconde image montre ce qui s'affiche lors du passage du pointeur sur "faible".)































Lexique peut mettre en surbrillance les verbes ternes (être, aller, faire, dire...), qui sont généralement ceux qu'on utilise le plus et que le filtre répétitions détecte allègrement, mais aussi les mots rares ou inconnus, les abréviations, les régionalismes...
Au sujet de ces derniers, il est également possible - et souhaitable - de régler globalement le correcteur au moyen du menu réglages, accessible via la petite icône en haut à droite (entre l'imprimante et le dictionnaire). Indiquer au correcteur que vous souhaitez qu'il détecte sans pitié le moindre de vos régionalismes (belgicismes, québécismes...) présente la même utilité que lui demander de traquer les répétitions : on peut en user, mais ça doit être maîtrisé.

Il existe encore bien d'autres prismes, essentiellement statistiques, dont l'usage sera plus rare voire nul sinon par curiosité, mais il est quand même intéressant, parfois, de savoir quels temps de conjugaison on utilise le plus, si on aime ou non les adverbes et si on utilise ou non l'orthographe rectifiée.

Rappelons à ce sujet que certaines règles d'orthographe ont été revues en 1990, et que depuis lors de nombreux mots ou groupes de mots (comme les mots composés) possèdent plusieurs graphies correctes. Les anciennes ne sont pas bannies, les nouvelles ne sont pas imposées. L'usage, à la longue, décidera, si décision il y a un jour.
Vous pouvez régler votre correcticiel pour qu'il admette indifféremment les deux graphies, ou au contraire pour qu'il signale fautive soit la nouvelle, soit l'ancienne.
S'il n'est pas interdit d'utiliser dans un même texte l'orthographe d'avant et d'après la rectification, il n'est pas sérieux d'utiliser indifféremment les deux graphies d'un même mot. Soyons cohérent !

Au lu de tout ce qui précède, vous aurez probablement remarqué - bien que je n'aie montré que quelques-unes des fonctionnalités d'un correcticiel spécialisé, que ces logiciels sont plutôt sophistiqués lorsqu'on désire en tirer le meilleur. Bien sûr, on peut se contenter de la première fonction, qui consiste à corriger nos fautes d'orthographe, mais ce serait se priver d'une merveilleuse trousse à outils et, peut-être, consentir une dépense superflue quand on a déjà acheté une suite MS Office en édition récente.

Pour terminer, n'oublions pas que garder de bons livres à portée de main est aussi une saine habitude : dictionnaire récent, bouquins de grammaire...
Enfin, si vous avez pour habitude de pêcher vos règles de grammaire sur Internet, sachez que le sérieux de ce que vous récolterez n'est pas garanti. Un site Web, un blog, ça bouge. Ce qui s'y trouve aujourd'hui peut en être absent demain. Une bonne règle peut être soudain polluée par une bêtise.
Si vous cherchez des informations orthographiques sur la Toile, diversifiez vos sources. Et restez méfiant. Internet regorge de grammairiens d'opérette qui pondent des règles tantôt imaginaires, tantôt correctes mais incomplètes ou inappropriées à l'exemple cité.

Grevisse, Bescherelle, Robert, Larousse sont nos amis.

samedi 7 septembre 2013

Correction de manuscrit : le correcticiel (3)

Dans le précédent article, nous avons vu comment le correcteur orthographique intégré dans le logiciel MS Word (version récente !) se débrouillait avec une petite bafouille riche en bévues : passablement bien, mais en ne pouvant tout rectifier. Il proposait de bonnes solutions aux fautes détectées, mais en laissait passer d'autres sans rien signaler. En cause : une ponctuation très approximative qui empêche le correcticiel de bien comprendre ce que l'auteur du texte a voulu écrire.

Cette fois, nous allons voir comment un logiciel de correction plus spécialisé aborde ce même petit bout de texte (une intervention recopiée d'un forum).

Ici, j'ai utilisé Antidote, mais rappelons qu'il en existe d'autres, aussi connus et performants, comme Cordial et ProLexis. Leur interface est différente, mais ils fonctionnent en gros de la même manière. Ce sont des outils très puissants, qui s'adressent principalement aux personnes qui maîtrisent déjà très bien le français. Contrairement aux correcticiels intégrés dans les traitements de texte, ceux-là possèdent des dictionnaires multiples (synonymes, co-occurrences, éthymologiques...), un guide grammatical très détaillé ainsi que des fonctions d'analyse syntaxique.

Antidote possède sa propre fenêtre de correction, qui s'ouvre dès qu'on lance le correcteur depuis son traitement de texte (en cliquant sur une petite icône qui s'ajoute dans la barre de menus lors de l'installation du correcticiel). L'utilisateur agit directement dans cette fenêtre, mais peut aussi intervenir en basculant dans celle du traitement de texte. Les modifications qu'il apporte d'un côté comme de l'autre sont prises en compte par le correcticiel.
Voici la fenêtre ouverte par Antidote HD.



Antidote emploie plusieurs niveaux d'alerte, marqués par l'importance et la teinte des traits de soulignement. À gauche de la fenêtre apparaît une liste de "prismes" (nous y reviendrons dans un prochain article), tandis que sur la droite sont listées les détections, flanquées dans certains cas d'un chiffre indiquant le nombre d'occurrences de l'erreur, et les corrections envisagées. Outre les fautes détectées et corrections proposées, Antidote signale par des traits ondulés jaunes les "ruptures" dans l'analyse des phrases : c'est sa manière d'indiquer qu'il ne comprend pas très bien ce que l'auteur de la phrase a voulu exprimer. Soit la phrase est correcte mais très complexe ou, plus fréquemment, sa construction souffre d'ambiguïtés ou d'erreurs de ponctuation.

En passant le pointeur sur les détections apparaît une première brève explication (identique à celle se trouvant dans la colonne de droite).
"Enter" accepte la modification, qui sera apportée plusieurs fois dans le texte (le chiffre indique le nombre de corrections de cette même erreur). Cette correction "en bloc" est très pratique, mais elle peut être désactivée via une option dans le menu de configuration. C'est aussi un des avantages de ces correcticiels spécialisés : ils peuvent être configurés de différentes façons, tant vis-à-vis de l'utilisateur que du type de texte abordé. Les réglages "par défaut" sont toutefois pertinents. Il y a peu de choses à modifier pour obtenir un logiciel réglé "à sa main".














  Un clic supplémentaire sur la mini-fenêtre qui vient d'apparaître permet d'afficher davantage d'explications :
 













Et si cela ne suffit pas encore, ce bref message d'explication est accompagné du petit dessin figurant un livre à la couverture orange : c'est le guide grammatical, qu'il est possible d'ouvrir directement sur la règle se rapportant à l'erreur détectée.














Le guide grammatical peut aussi être appelé à tout moment en cliquant, en haut à droite de la fenêtre principale d'Antidote, sur le dessin figurant le livre orange. Juste à côté, le livre vert donne accès aux différents dictionnaires (définitions, synonymes, co-occurrences, historique, citations, analogies...) fournis avec le logiciel.

Nous pouvons accepter ou refuser les corrections proposées, mais aussi intervenir manuellement dans la fenêtre du correcticiel, par exemple si nous préférons utiliser un autre mot ou une autre tournure de phrase.
Cela fait, Antidote passe à la détection suivante.




























Le correcteur signale, en sus des traits ondulés jaunes, que l'analyse est partielle. La mini-fenêtre pop-up qui l'indique est évidemment cliquable, si des explications semblent bienvenues :


















Le guide grammatical qui a été ouvert dans le cas présent est celui relatif aux problèmes de syntaxe.
Laissons Antidote poursuivre son travail de correction :










Nous remarquons que le logiciel de correction spécialisé ne propose pas la bonne correction pour "protèger", contrairement à MS Word qui s'en était mieux sorti à cet endroit du texte. Puisque le logiciel ne donne pas la réponse correcte, nous ne modifions pas et passons à la suite...

 

 Les corrections proposées sont pertinentes et toujours assorties d'explications brèves ou, si on le souhaite, plus détaillées.
Poursuivons...



Les plus attentifs auront remarqué qu'Antidote corrige l'accent sur le "a" dans "qui à publiée", mais pas le mauvais accord de participe passé "publiée". Il passe ensuite à la rectification de l'écriture de la date "02 mai" en "2 mai" et, celle-ci faite... revient sur la faute précédente :












Il propose alors l'accord correct "publié" au lieu de "publiée", mais donne comme justificatif l'absence de complément d'objet direct alors qu'il y a bel et bien un COD, mais placé derrière (et bloqué par une virgule intempestive, raison pour laquelle il n'est pas détecté).
Remarquons au passage une des caractéristiques du correcteur spécialisé : il revient en arrière. Dès qu'un mot, un signe est modifié au sein d'une phrase, toute la phrase est à nouveau analysée, en amont comme en aval de l'endroit où est arrivé le logiciel dans sa correction. Nous avons vu dans l'article précédent que MS Word, lui, continue l'analyse sans plus tenir compte de ce qu'il a déjà examiné.
Voici la dernière détection marquée par Antidote. Les fautes corrigées par le logiciel sont soulignées en vert, les autres marques colorées qui n'ont pas été prises en compte sont à présent grisées.
Une seconde analyse du texte ne donnera plus rien de neuf. "Protèger" sera toujours signalé fautif, mais sans proposer la correction adéquate, et les signes jaunes ondulés indiquant l'analyse partielle seront rétablis.

 Voici donc la version finale du bout de texte (affichée dans Open Office Writer), après correction par Antidote :















Comme je l'avais fait pour MS Word, j'ai surligné en jaune à peu près tout ce qui reste fautif ou douteux. À titre de comparaison, voici à nouveau le résultat après passage du correcteur orthographique intégré à MS Word :














Vous constaterez qu'Antidote ne fait pas mieux que MS Word. Les deux logiciels "oublient" des fautes ; la principale différence étant que, le texte analysé, MS Word indique que la correction est terminée et ne signale plus rien du tout, alors qu'Antidote persiste à signaler qu'il reste des problèmes (analyse partielle) mais ne peut les rectifier lui-même. La seconde différence est que le logiciel correcteur spécialisé fournit d'abondantes explications, utiles à qui souhaite s'instruire.

À la lecture de tout ce qui précède, vous en arriverez peut-être à la conclusion suivante : dépenser cent euros pour un logiciel de correction spécialisé, ça ne sert à rien.
Et vous auriez raison... à quelques nuances près.

La raison principale pour laquelle il reste des fautes... est qu'il y en avait trop au départ ! La ponctuation de ces quelques phrases est désastreuse et rend l'analyse trop complexe pour les correcticiels. Si nous comprenons ce que l'auteur de la bafouille a voulu dire, c'est parce que nous avons de l'imagination alors que notre ordinateur n'en a pas.

La conclusion réelle serait plutôt celle-ci : si vous ne maîtrisez pas les règles de base de la ponctuation, un correcteur orthographique ne vous sera guère utile.

Un correcticiel est là pour nous assister, pas pour écrire à notre place. Les règles de ponctuation, cela s'apprend. Il est indispensable de connaître les virgules interdites (entre sujet et verbe ou entre verbe et complément lorsqu'il n'y a ni énumération, ni proposition incise, par exemple) et de s'astreindre à se relire à voix haute, ce qui permet de mieux sentir les "respirations" dans le texte. L'importance de la pause marquée indique celle de la ponctuation à envisager : légère (virgule), intermédiaire (point-virgule, deux points) ou lourde (point, point d'exclamation ou d'interrogation, points de suspension).

Dans le prochain article, je vous présenterai les avantages d'un correcticiel spécialisé, qui fait bien plus que vous aider à corriger vos textes.

dimanche 1 septembre 2013

Correction de manuscrit : le correcticiel (2)

Dans l'article précédent, je vous avais brièvement présenté quelques options utiles lorsque vient le moment de se lancer dans la correction d'un texte que nous venons d'écrire : le français étant une langue grammaticalement très complexe, un peu d'aide est généralement souhaitable. Mais plutôt que de compter sur la bonne volonté d'autrui, il est plus utile, dans un premier temps, d'utiliser d'abord l'outil qui se trouve immédiatement à notre disposition : le logiciel de correction intégré à notre traitement de texte, ou correcticiel comme disent nos amis du Québec.

Celui qui est intégré dans Open Office ne vaut pas tripette, comme tout ce qui est gratuit en la matière, il est bon de le signaler ; mais c'est toujours mieux que rien. Si vous utilisez une vieille version de Microsoft Office, ce n'est guère mieux, mais les dernières éditions de MS Word offrent un progrès évident, comme nous allons le voir ci-après.

Pour l'exemple, j'ai repris le message que j'avais trouvé quelque part sur un forum et recollé dans la première partie de cet article sur les correcticiels. Le voici à nouveau, tel que je l'avais copié :

« Bonjour.Ce qui est super,c'est que jusqu'à aujourd'hui,je pensais,que pour protèger mes écrits.Et bien,le copyright valait une fortune..Et bien,gràce à la personne,qui à publiée,son commentaire en date du 02 mai 2008.Je puis enfin avoir et ,mais surtout savoir le cout exact,de la protection qui nous aies due....A nous autres écrivains inconnus... »

Cette bafouille ne présente guère d'intérêt en elle-même, mais je l'ai reprise afin de montrer d'une part le fonctionnement de deux correcticiels payants (celui intégré dans MS Word n'est pas gratuit, puisqu'on l'acquiert en achetant le traitement de texte ou la suite MS Office), et d'autre part le peu d'utilité d'acquérir un correcticiel supplémentaire plus puissant, comme Antidote, Cordial ou ProLexis, lorsqu'on ne maîtrise pas les bases du français écrit (il en va bien sûr tout autrement dans le cas contraire). 

Voici comment se présente le bout de texte pris en exemple, recollé dans MS Word, version Office 2010 :

(Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir)

Par défaut, à moins d'avoir désactivé complètement les options de correction dans le traitement de texte, Word souligne en rouge les erreurs qu'il détecte. Deux méthodes existent pour les corriger.
La première, plus pratique lorsqu'on désire rectifier immédiatement après la frappe, consiste à placer le pointeur sur le mot souligné et cliquer ensuite avec le bouton droit de la souris, ce qui fait apparaître une ou plusieurs propositions de modification.



Un clic gauche sur celle qui semble opportune apporte la rectification dans le texte.
La seconde méthode, plus complète, est à appliquer de préférence lorsqu'on a terminé la rédaction du texte. Il suffit de placer le curseur au début de la partie à vérifier et de lancer le correcteur, via l'onglet "révision".


 Puis cliquer en haut à gauche sur "Grammaire et orthographe", ce qui lance le correcteur. Une fenêtre s'ouvre, en superposition, proposant une modification de la première erreur détectée.


Plusieurs options sont possibles, tant au niveau de la correction envisagée (souvent plusieurs choix) que de la décision de l'appliquer ou non. Il est préférable de vérifier chaque détection individuellement et d'opérer le choix le plus pertinent plutôt que de cliquer sur "correction automatique", qui laisse le correcteur agir à sa guise, ce qui n'est ni la méthode la plus efficace, ni la plus instructive.
"Modifier" ou "ignorer" fait passer le correcteur à la détection suivante ; tandis que "remplacer tout" ou "ignorer tout" modifieront ou non toutes les occurrences identiques (intéressant dans le cas d'un mot utilisé plusieurs fois et mal orthographié ou, par exemple, d'un nom propre inconnu du dictionnaire intégré - il est possible également de l'ajouter au dictionnaire, auquel cas il ne sera plus détecté).







 Il est à noter que les corrections proposées par MS Word sont généralement pertinentes, pour ce petit bout de texte, et que la première option proposée est souvent la bonne.


Parfois, le correcticiel intégré propose une explication, comme dans l'exemple ci-dessus. En cliquant sur le bouton adéquat, voici ce qui apparaît :


 Lorsqu'il arrive au bout, le correcteur propose le choix ci-dessous. Il le fait parce qu'il est possible de lancer une correction à partir d'un point précis de texte, auquel cas il vérifie à partir de cet endroit et jusque la fin, ou de sélectionner (mise en surbrillance) une partie seulement du document.

En cliquant sur "oui", la vérification reprend. Avec MS Word, il est souvent pertinent de soumettre une seconde fois le texte au correcteur d'orthographe, car il détecte au second passage des particularités qui lui ont échappé lors du premier. La cause en est qu'il ne revient pas en arrière, même lorsqu'une modification opérée a modifié le sens d'une phrase et permettrait le repérage d'une faute située plus avant dans le texte.

Dans notre exemple, un second passage semble payant...


... puisqu'il a permis de rectifier deux bévues non décelées la première fois.
MS Word indique ensuite que la vérification est terminée.

Relancer le correcteur n'apportera plus rien. Il reste évidemment bon nombre d'erreurs : la plupart sont dues au fait que l'auteur du message que nous venons de vérifier semble ignorer les règles élémentaires de ponctuation, ce qui se révèle souvent catastrophique quand on utilise un correcticiel, quel qu'il soit.

Voici donc ce qui reste à corriger, sans tenir compte de formulations douteuses et de mots à supprimer. Il faudrait moins de virgules, moins de points, supprimer au minimum un des deux "et bien" et remplacer l'autre par la graphie correcte "eh bien", soit suivie d'un point d'exclamation, soit suivie d'une virgule dans une phrase exclamative... En réalité, il faudrait récrire toute cette intervention, et ce n'est pas le rôle d'un correcticiel, même performant.

Dans la suite de cet article, nous verrons comment fonctionne un correcticiel spécialisé.