dimanche 18 février 2018

Actus à prendre ou à laisser

* Comme suite à la fusillade perpétrée par un jeune gaillard de 19 ans, en Floride, et qui a fait 17 morts, le président Trump aurait promis de s'attaquer au difficile problème des maladies mentales. C'est vrai que les maladies mentales, ça tue beaucoup de gens. Ceux qui en souffrent – s'ils s'en rendent compte – et les victimes de ceux qui en souffrent. Moi, des malades mentaux, j'en ai connu l'un ou l'autre, mais le plus souvent ils étaient bien encadrés et ils n'avaient pas la possibilité de s'acheter un flingue aussi aisément que moi une paire de pompes ou un duffel-coat. Toute charité bien ordonnée commençant par soi-même, le président Trump pourrait s'attaquer d'abord à ses propres lacunes avant de songer à soigner celles des autres.

* Les États-Unis n'envisagent pas une action militaire contre la Corée du Nord, paraît-il. Nous voilà donc rassurés ; tout autant qu'on peut l'être lorsque Trump parle de s'attaquer aux maladies mentales. C'est peut-être là son problème, après tout : l'envie d'attaquer et la nécessité de s'en abstenir – pour le moment.

* Le bitcoin, ça marche. Et pourtant, ce n'est pas un truc sexuel. Donc, forcément, c'est du fric. Le cul et les écus, disait le concierge de la Maison communale, y a que ça de vrai. Donc, le bitcoin, c'est du pognon, mais pas tant que ça. C'est virtuel. Quand tu as des bitcoin, c'est comme si tu n'avais rien, mais qui a de la valeur. Et qui prend (ou perd) de cette valeur en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Par exemple, en vingt-quatre heures, ce qui représente quand même un peu plus de temps que celui nécessaire à en parler, ce machin peut augmenter de huit pour cent, comme je l'ai appris récemment. Moi, par exemple, j'ai à peu près une bonne moitié d'un bitcoin à disposition. Ça n'a guère de valeur, mais j'y tiens énormément. Quant à l'autre moitié, il y en a partout autour de moi, et je n'ai jamais songé que ça pouvait valoir quelque chose. Comme on peut se tromper !

* D'après une étude canadienne, l'acné, ça ficherait facilement la déprime. Pourtant, tant qu'on ne pousse pas sur le bouton, ce n'est pas dangereux, disait-on encore tout récemment dans l'entourage du président Trump. Mais malgré tout, l'étude insiste pour affirmer qu'une peau acnéique peut avoir une influence importante sur la santé mentale du boutonneux. J'en connais qui ont dû en avoir pas mal, autrefois, de ces inflorescences déprimantes.

* Quelque part dans une localité du Limbourg belge, un voleur de bagnoles sévit qui a l'habitude de s'habiller en schtroumpf et de n'abandonner le fruit de son larcin que lorsqu'il est bien pourri, c'est-à-dire complètement kaput, pour l'écrire en bon français. En schtroumpf ! Je n'en reviens pas. Comment peut-on se servir de l'image de ces personnages si sympathiques pour accomplir des actes aussi répressibles ? Décidément, je ne comprendrai jamais rien aux motivations des uns et des autres.

* Aux dernières nouvelles, Lance Armstrong nous aurait menti. Ou plutôt, il ne nous aurait pas tout dit. Certains spécialistes avancent que non seulement il se dopait, mais que son vélo l'était aussi ! Avec un moteur. Dans ces conditions, comment voulez-vous lutter ? Il n'aurait plus manqué qu'il soit aussi asthmatique, comme la plupart des coureurs professionnels. Fichu métier ! Être obligés de pédaler sur une bicyclette alors que des gens comme vous et moi, flanqués du même handicap, on les laisserait tranquilles en leur suggérant d'aller juste un peu se promener ou pédaler tranquillement, de préférence en dehors des périodes de fenaison, et de ne surtout, mais surtout pas, envisager la compétition.

* Certains hôpitaux ne se gêneraient plus pour annoncer que les soins seraient un peu différents selon que le malade est hébergé en chambre individuelle ou non. Dans le premier cas, l'opération serait, par exemple, effectuée par le spécialiste ; et dans le second, seulement par un assistant. Les soins de santé à deux vitesses, ça existerait donc et, à présent que nous avons un gouvernement résolument de droite, on ne se gêne plus pour le dire. En quelque sorte, les inégalités sociales, ça existe toujours, mais quand la gauche est au pouvoir, on en parle moins parce que c'est très vilain et qu'il ne faut pas que ça s'ébruite. Quand c'est la droite, non seulement on en parle mais, petit à petit, on en arrive même à en être fier, apparemment. Ou alors, c'est un truc tout simple pour rassurer les riches, qui craignent beaucoup pour leur santé alors que les pauvres craignent surtout pour leur garde-manger.

* J'ai lu dans la presse qu'un groupe de bénévoles avaient eu la bonne idée d'aménager un mobile-home en douche ambulante pour les sans-abris. Moi, quand on parle de faire passer les gens à la douche pour les décrasser, ça me fait toujours penser à quelque chose de pas très innocent. Mais chhhht. Je me tais. Le point Godwin n'est pas loin.

* Quand on vous dit que surfer sur le Net et entrer en contact avec des gens, ça peut être dangereux, ce n'est pas une plaisanterie. Par exemple, il y a un type qui a été arrêté parce qu'il se livrait à des activités exhibitionnistes devant sa webcam. À l'autre bout de l'image, il pensait avoir affaire à une innocente jeune fille, mais en réalité, c'était un flic qui le matait. Maintenant que notre exhibitionniste est au gnouf, il n'a plus qu'à se faire mater par les matons.

* Il paraît qu'en Belgique, on consomme de moins en moins de viande de lapin. Bouffer du lapin, c'est pas bien. Ce petit être tout mignon est surtout considéré comme un animal de compagnie ; et un animal de compagnie, ça se chouchoute, à défaut de se mitonner. Déjà qu'on ne mange plus de serpents ni de lézards et encore moins de tortue d'eau ! Manquerait plus que certains commencent à se prendre d'affection pour les moules et en gardent auprès d'eux dans leur living ou leur chambre à coucher ! Qu'est-ce qu'on boufferait avec nos frites, dans pareille situation ?


mardi 26 décembre 2017

Les fous sont lâchés !

En cette période de fêtes, j'aimerais bien faire montre d'optimisme, mais j'avoue que c'est compliqué. Et quand on est comme moi plutôt enclin à suivre les actualités, à se tenir informé et à rester curieux de tout, cela ne simplifie guère les choses.

J'ai cette particularité, que partagent bien entendu les gens de ma génération, d'être un de ces hommes qui n'ont pas vu l'ours, mais qui ont longuement côtoyé et côtoient encore des hommes et femmes qui, eux, l'ont vu de près. Ces hommes et femmes, ce sont mes parents et grands-parents, oncles, tantes et leurs amis qui ont vécu assez longtemps pour pouvoir me raconter directement les principaux faits majeurs ayant émaillé leur existence bien plus difficile que la mienne.

Nombre de ceux-là, que j'ai fréquentés mais tous disparus aujourd'hui, avaient survécu à deux conflits majeurs et ne manquaient jamais de raconter les événements dramatiques, les traumatismes qu'ils avaient subis et toutes les douleurs, peines et privations qu'ils avaient endurées. La guerre, c'est horrible. Et à chaque fois, lorsqu'elle est terminée, on promet « plus jamais ça ! », les yeux rauques et la voix embuée – ou plus logiquement le contraire.

Après la fin de la Première, seuls les plus grands optimistes se sont évertués à croire, niant l'évidence qui s'agitait devant leur nez, que cette Première serait aussi la dernière. Les autres, qui pourtant avaient senti venir la Seconde, n'ont rien fait ou rien pu faire pour l'empêcher d'éclater.

Les signes avant-coureurs étaient pourtant bien là : frustrations et rancœurs engendrées par un passé douloureux aux conclusions injustes et aux sanctions insupportables pour ceux qui avaient fauté et tentaient vainement de se reconstruire ; crise économique née par la grâce de ceux qui font métier de s'enrichir en jouant avec l'argent d'autrui ; peur et haine de l'Autre entretenues par d'habiles tribuns n'ayant trouvé moyen d'arriver et de se maintenir au pouvoir qu'en désignant des boucs émissaires seulement coupables d'être venus d'ailleurs ou d'être un peu différents.

Grâce à ces excités agitant l'épouvantail de la haine, nos parents et grands-parents ont subi la Deuxième. L'horrible Seconde Guerre Mondiale. La dernière aussi, déclamerait-on après qu'elle serait finie, le tout sur fond de drapeaux, de gerbes mortuaires, de flambeaux et d'hymnes nationaux entrecoupés de « plus jamais ça ». Car il ne fallait pas oublier. Il fallait filmer, photographier, raconter.

Alors, moi qui n'ai pas vu l'ours mais qui ai vécu avec des gens qui l'ont vu de près, je frémis aujourd'hui en constatant que les fous sont à nouveau lâchés. Pas seulement là où l'on se bat depuis de longues années ; mais ailleurs, dans des pays en paix où la merde noire que l'on croyait, que l'on espérait enfouie à jamais, est en train de refaire surface.

Au début, on s'offusquait : « Non, jamais avec l'extrême-ceci ou l'extrême-cela » ; « Oui, de tels propos sont intolérables » ; « Non, ce ne sont pas là les valeurs démocratiques que nous défendons avec force ». Mais à présent, on s'indiffère. On cesse de s'étonner, de protester, de punir. Les discours belliqueux, les slogans faciles, la peur de la différence, le protectionnisme, l'isolationnisme... on ne les conteste plus que du bout des lèvres au lieu de les sanctionner. Mieux : on les banalise, on les approuve un peu, on les soutient beaucoup ou l'on choisit lâchement de se taire et de laisser dire avant de laisser faire. Car laisser dire aujourd'hui, ce sera laisser faire demain.

Par la porte ou par la fenêtre, la haine se hisse au pouvoir dans de nombreux pays, souvent aidée par l'opportunisme de ceux qui préfèrent choisir le camp de la lâcheté, toute honte bue, fraternisant et pactisant avec le diable au lieu de s'en méfier ou de le renvoyer au fin fond des enfers. En quelque sorte, les collabos sont déjà actifs avant la guerre.

C'est un message bien triste, bien alarmiste que je poste sur mon blog en cette fin d'année. Ce ne sont que des mots, mais je les ai écrits. Ce sont des phrases que je pense et qui, peut-être, me seront un jour reprochées, même si j'espère ardemment qu'un tel jour ne naîtra jamais.

Je souhaite au Monde entier une heureuse et paisible année 2018, quitte à être entièrement d'accord avec le pape François. Quant à vous, mes lecteurs, à vous qui êtes aussi égaux que les autres sont égaux parmi les égaux, je vous souhaite, par contre, une heureuse et paisible année 2018.

samedi 11 novembre 2017

J'habite en face d'une école

Habiter à proximité d'une école, juste en face même, ça peut avoir des bons côtés. Surtout lorsqu'il s'agit d'une école « fondamentale » ; de celles qui accueillent les enfants à l'âge où ils ne sont encore que des chérubins tout angoissés de quitter les bras de leur mère, pour les laisser partir, à douze ou treize ans, vers d'autres établissements chargés de remplir scientifiquement, littérairement et philosophiquement leurs têtes d'adolescents rêveurs, râleurs et illusionnés.

De bons côtés, écrivais-je, parce que lorsqu'il s'agit d'y conduire vos propres rejetons et que vous n'avez que la rue à traverser, le petit côté pratique de la chose apparaît immédiatement. De bons côtés parce que, tout compte fait, les savoir si près de chez vous, dans une école à portée de vos yeux inquisiteurs, c'est aussi un avantage appréciable qui, en toute logique, vous permettra de ne manquer ni l'affiche accrochée au grillage annonçant un événement impromptu, ni les fêtes extrascolaires où il est malvenu de ne pas se montrer.

Malheureusement, toute médaille ayant son revers, vous devrez aussi vous farcir quelques menus inconvénients que seule une bonne dose de patience et de bonne humeur permettra de digérer sans trop de difficultés.

Et tout d'abord, une école, ça vit au fil du temps, mais surtout au rythme d'une horloge impitoyable et d'un calendrier intransigeant. La classe, chez nous, ça commence à huit heures trente. Pétantes.
Dès lors, ne vous étonnez pas de voir arriver, pressés et stressés, dès huit heures trente-cinq les jours de chance et huit heures quarante les jours de galère, quelques parents et leur descendance soucieux d'illustrer par l'exemple l'art de gérer son temps de manière efficace.

Évidemment, ce n'est pas de leur faute. C'est la circulation, les embouteillages, ces interminables travaux qui encombrent la voie publique et ces autres crétins de parents qui n'avancent pas avec leur voiture. Parce qu'ils viennent tous en voiture, conduire leurs enfants à l'école ; car, comme chacun le sait dans notre Belgique qui est un petit pays à forte densité de population, l'école fondamentale est toujours loin du domicile des enfants qui la fréquentent : cinq cents, six cents, huit cents mètres ; quand ce n'est pas un kilomètre ! Ah ! Ils en ont de la chance, ces veinards qui habitent en face. Eux, ils n'ont pas tous ces tracas pour arriver en voiture et, surtout, stationner en accord avec le Code.

Parce que le stationnement, c'est un problème : toutes les places sont toujours prises. Les places proches du grillage, bien sûr. Plus loin, il en reste, mais si c'est pour parcourir cent ou deux cents mètres à pied, autant venir directement et pédestrement de la maison, n'est-il pas ? Mais c'est si loin ! Et le sac d'école est si lourd ! Comment peut-on obliger ces chérubins à trimbaler autant de matériel ?
Comment ? Oui, un sac à roulettes, oui...
Mais enfin, pour venir à pied, il faut partir plus tôt. Au moins cinq minutes plus tôt !

Je l'écrivais ci-dessus : l'école vit au rythme de l'horloge. Et la fin des classes, c'est à quinze heures trente. Pétantes.
Dès lors, pensez-vous que les retardataires du matin le seront encore l'après-midi ? Que nenni !

Dès quatorze heures quarante-cinq (quatorze heures trente-cinq le vendredi), les places de stationnement proches du grillage sont squattées par les véhicules de géniteurs impatients de récupérer leurs marmots sans devoir parcourir à pied une trop longue et épuisante distance, quitte à méditer derrière un volant pendant trois quarts d'heure en écoutant la radio ou en graissant du bout des doigts l'écran tactile d'un smartphone.

À quinze heures trente, une foule bigarrée se presse devant le grillage, les portières claquent et les petits coups de klaxon retentissent. Étrangement, comme dans la Bible, les premiers sont aussi les derniers, parce que pour quitter l'emplacement de stationnement durement acquis à quelques pas de l'école, nul passe-droit n'est délivré. Au contraire : les derniers arrivants n'hésitent nullement à garer en double file, tandis que ceux qui ont abandonné plus loin leur bagnole traversent et encombrent la rue en tenant par la main leurs rejetons et en faisant mine d'ignorer totalement que certains chauffeurs mordent leur volant dans l'impatience de quitter au plus vite des lieux si peu hospitaliers.

Il arrive parfois qu'un chauffeur-livreur peu soucieux des horaires scolaires choisisse le moment de sortie des classes pour venir immobiliser son camion à quelques pas du grillage. Dame ! Pour déverser du mazout dans une citerne ou décharger quelques palettes de matériaux, on ne gare pas à cent mètres de la destination ! S'ensuit donc une confusion totale dans cette rue où, en principe, il n'est permis de stationner que d'un côté à la fois : ceux qui sont garés à contresens voudraient bien s'en aller en même temps que ceux qui le sont dans le bon sens, tandis que ceux qui ne sont pas encore arrivés à destination – à cause de la présence du camion – s'impatientent d'y parvenir !

Ce joyeux cirque a donc lieu quotidiennement, matin et soir (et à midi le mercredi), sauf pendant les congés scolaires et les grèves des enseignants. La durée des représentations est assez brève : trente minutes tout au plus, une heure si l'on prend en compte à la fois les « hâtifs » et les « tardifs ». Si c'est à cet instant que vous choisissez de rentrer chez vous, seule une arrivée pédestre vous garantira l'accès aisé à votre foyer. À bicyclette, ça le fera aussi. En voiture, par contre, vous aurez la désagréable impression que tout le village s'est donné rendez-vous devant votre domicile pour vous empêcher d'y retourner.

Enfin, il arrive parfois que le cirque dure plusieurs heures, lors des fêtes scolaires où, en sus des enfants et de leurs parents, les oncles, tantes, cousins, cousines, grand-parents et sympathisants ont été invités au spectacle de fin d'année, au marché de Noël ou à la remise des cadeaux de la Saint-Nicolas. Si vous devez utiliser votre voiture, un garage ou un emplacement de stationnement privatif est un « must », pour autant qu'un mauvais plaisant n'ait pas l'idée de vous en obstruer l'entrée pour le premier, ou de vous le confisquer pour le second.

N'imaginez surtout pas qu'une fois que vous serez rentré chez vous, la paix vous sera garantie, car pendant que les parents papotent avec d'autres à la buvette, les enfants jouent dehors, hurlent, envoient des ballons dans vos fenêtres ou viennent joyeusement sonner à votre porte avant de s'enfuir à toute pompe vers d'autres exploits plus amusants les uns que les autres.

Oui, habiter en face d'une école est un spectacle haut en couleur !