Le titre est volontairement
provocateur, je sais, et même franchement exagéré, aussi vais-je
nuancer le propos dans les lignes ci-après...
Et je vais commencer par citer Coluche
qui, dans un des ses sketches, disait : « On a doublé le
prix de l'essence. Est-ce qu'il y a deux fois moins de voitures sur
les routes ? Non ! »
Une sorte de postulat qui ne se
promenait pas dans la dentelle, lui non plus, mais qui basait son
raisonnement sur le fait que le doublement du prix d'une denrée
n'entraîne pas nécessairement une réduction de moitié de sa
consommation.
Si on doublait soudain le prix du pain
ou d'une autre denrée de base de notre alimentation, je suis certain
que les gens en achèteraient moins ; mais la bagnole, ça, il
ne faut pas y toucher.
Il y avait jadis des slogans du genre
« Ma voiture, c'est ma liberté » qui paraissent
ridicules aujourd'hui ; mais il n'en reste pas moins que, dans
nos pays de l'UE, on a tellement eu tendance à verser dans le « tout
à la bagnole » au cours des dernières décennies qu'il est
devenu difficile aujourd'hui de s'en passer à moins de changer de
mode de vie – ce qui peut imposer un changement de domicile, par
exemple.
Les commerces des villages ayant
disparu au profit des grands centres commerciaux plantés en
périphérie des grosses agglomérations, seuls les ménages
domiciliés au centre des villes et à proximité des boutiques
peuvent éventuellement faire l'économie d'une voiture et
certainement celle de la seconde.
Donc, le carburant double de prix et il
y a toujours autant de voitures sur les routes. C'est un fait. Et les
gens vous diront que « ce n'est pas possible autrement »,
« qu'il faut bien aller bosser, faire les courses et conduire
les enfants à l'école ».
Tiens, justement, comme j'en parlais
dans un ancien article (toujours d'actualité) : j'habite en face d'une école.
Là aussi, en dépit du doublement du
prix du carburant, il y a toujours autant de bagnoles aux heures
« chaudes ». C'est hallucinant, quand on y songe, car la
plupart de ces gens n'habitent pas loin. Ils pourraient faire le
déplacement à pied, d'autant plus que ces courts trajets motorisés
sont proportionnellement les plus coûteux en énergie au kilomètre.
« Oui, mais de toute façon, je
dois prendre la voiture, car je vais bosser et l'école est justement
sur le chemin du travail ».
Je ne juge pas les gens, ils disent
sans doute vrai. Je constate, tout simplement.
D'ailleurs, moi aussi, je suis dans le
même cas. Et bien que je n'aie plus d'enfants à « déposer à
l'école en passant » (mais ce n'était pas nécessaire,
puisque, je le rappelle, j'habite en face), je dois utiliser la
voiture pour aller au turbin ou faire les courses. Mais Chérie et
moi, nous nous modérons. Nous prenons nos vélos autant que
possible. Et les transports en commun. Et nous ne rechignons pas à
user de nos guibolles, elles sont conçues pour ça.
Ce que nous devrions constater autour
de nous, en raison de la forte hausse des prix des carburants, c'est
une modification de certains comportements. La conduite
« économique », cela existe. Et c'est si simple à
mettre en place qu'on se demande si, vraiment, les automobilistes ont
davantage de pognon que de cervelle.
C'est ce constat qui me fait dire que
non, le carburant n'est pas (encore) trop cher. En tout cas, pas pour
tout le monde. Sinon, les gens rouleraient moins et, surtout,
beaucoup plus calmement. Cela leur permettrait de réaliser de
substantielles économies.
Et, comme je le disais, c'est simple à
mettre en place. Il suffit d'anticiper.
Le principe est qu'à véhicule égal,
une conduite en douceur et une vitesse modérée font baisser la
consommation de carburant. Grosses accélérations et coups de frein
sont des gaspillages d'énergie ; et la résistance à
l'avancement (pertes par frottements) est proportionnellement plus
forte à vitesse élevée.
Le truc le plus simple, donc, quand on
ne peut pas se déplacer autrement qu'en voiture, est de partir un
peu plus tôt et de rouler en évitant de devoir freiner. Cela
nécessite de l'anticipation, non seulement sur la circulation, mais
aussi sur notre emploi du temps. Partir cinq ou dix minutes plus tôt,
ce n'est pas si compliqué dans la plupart des cas. Juste une
habitude à prendre.
Et non seulement cela permet de
diminuer la consommation de carburant, mais aussi le stress d'arriver
en retard.
Autre bonne surprise : partir plus
tôt, cela permet également de passer un peu plus tôt les
carrefours difficiles et d'éviter les plus gros encombrements.
Double économie.
Je vois toutefois si peu de
comportements raisonnables, de conducteurs calmes, de gens
déstressés, que j'en arrive à dire que non, décidément, le
carburant n'est pas encore assez cher.
Pour certains automobilistes, en tout
cas, comme je l'écrivais ci-dessus. Car il est vrai que je vis en
Belgique, et que la Belgique est le paradis de la « voiture de
société ». La bagnole dont le patron offre l'usage à son
employé, ça lui coûte moins cher que du salaire. Donc, en
Belgique, il y a des « voitures-salaire ». Et, en
complément, le patron paie aussi assez fréquemment une carte
carburant. Cela fait partie des « avantages en nature ».
Alors, bien sûr, comme près de la
moitié des bagnoles neuves vendues en Belgique sont des « voitures
de société », ceci explique cela. « C'est pas moi qui
paie, donc pas besoin de faire des économies ».
D'ailleurs, question voiture, le Belge
vit au-dessus de ses moyens. La caisse offerte par le patron est bien
souvent une à deux catégories au-dessus de celle que le travailleur
pourrait s'offrir avec ses propres deniers ; ce qui explique
l'abondance sur nos routes de berlines et SUV allemands autrement
plus coûteux que la Clio du Français ordinaire.
Pas encore assez chère, donc,
l'essence. Quand elle le deviendra assez pour que les patrons se
disent « Holà ! Stop ! Y a de l'abus », les
choses changeront peut-être. Mais, en attendant, ils auraient tort
de se plaindre, puisque ce système a bien arrangé leurs petites
affaires pendant de nombreuses années.